Le diagnostic d’un trouble du spectre autistique (TSA) reste souvent tardif, parce que les signes sont mal connus ou attribués à autre chose. Pourtant, des chercheurs australiens rappellent dans The Conversation qu’un indicateur physique passe fréquemment inaperçu : la démarche. Nicole Rinehart, Chloe Emonson et Ebony Renee Lindor expliquent que la façon de marcher est listée dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux comme une caractéristique diagnostique complémentaire de l’autisme. Ce n’est pas un détail anodin : repérer ces signes tôt peut accélérer la mise en place d’un accompagnement adapté.
Quels mouvements doivent alerter ?
Les différences de démarche chez les personnes autistes se divisent en deux catégories. Les plus visibles, d’abord : marcher sur la pointe des pieds, avec un ou les deux pieds tournés vers l’intérieur, ou au contraire vers l’extérieur. Ces postures frappent souvent l’entourage, mais on les met parfois sur le compte d’une mauvaise habitude ou d’une faiblesse musculaire.

Viennent ensuite des signes plus discrets. La personne peut marcher plus lentement que la moyenne, faire de grands pas, ou passer plus de temps en phase de « position », quand le pied quitte le sol. Chaque pas prend plus de temps à s’achever. Ces détails, pris isolément, ne veulent rien dire. Mais s’ils s’accumulent et s’accompagnent d’autres difficultés sociales ou sensorielles, ils méritent une attention médicale.
Des mouvements qui révèlent un développement cérébral différent
Pourquoi ces particularités ? Les chercheuses pointent deux zones du cerveau. Les noyaux gris centraux, d’abord, qui coordonnent l’enchaînement des mouvements et les changements de posture. Chez les personnes autistes, leur fonctionnement altéré perturbe la fluidité de la marche. Le cervelet, ensuite, qui utilise les informations visuelles et proprioceptives pour ajuster l’équilibre. Quand il fonctionne différemment, la stabilité posturale est moins bonne.
Cela explique aussi pourquoi les personnes avec un TSA présentent souvent des problèmes d’équilibre et de coordination. Et ces difficultés motrices ne sont pas figées : elles peuvent s’accentuer avec l’âge, selon les chercheuses. La démarche autistique est également liée aux capacités motrices, linguistiques et cognitives, ce qui en fait un marqueur complexe mais utile.
« Outre les différences cérébrales, la démarche autistique est également associée à des facteurs tels que les capacités motrices, linguistiques et cognitives », indiquent Nicole Rinehart, Chloe Emonson et Ebony Renee Lindor.
Comment distinguer une simple maladresse d’un vrai signe ?
Tout enfant qui marche sur la pointe des pieds n’est pas autiste. La clé, c’est le faisceau d’indices. Une démarche atypique doit être mise en regard d’autres signes : difficultés à établir un contact visuel, intérêts restreints, hypersensibilité sensorielle, retard de langage. Les chercheuses insistent sur le fait que ces différences motrices sont souvent sous-estimées dans le dépistage, alors qu’elles pourraient alerter tôt, bien avant que les troubles sociaux ne deviennent évidents.
Un tableau peut aider à visualiser les signes à surveiller :
| Type de signe | Exemple concret | Niveau de visibilité |
|---|---|---|
| Marche sur la pointe des pieds | L’enfant ne pose que l’avant du pied au sol | Élevé |
| Pieds tournés vers l’intérieur | Les orteils pointent l’un vers l’autre | Élevé |
| Pieds tournés vers l’extérieur | Les orteils pointent vers l’extérieur | Élevé |
| Lenteur excessive | L’enfant marche nettement moins vite que ses pairs | Modéré |
| Grands pas | Foulées plus longues que la normale pour sa taille | Modéré |
| Temps de phase de position allongé | Le pied reste plus longtemps au sol avant de se décoller | Faible |
Pourquoi ces signes sont trop souvent ignorés
Le problème tient à plusieurs choses. D’abord, le grand public associe encore l’autisme à des stéréotypes : repli sur soi, absence de parole, gestes répétitifs. Les difficultés motrices passent pour un détail sans importance. Ensuite, les professionnels de santé ne sont pas toujours formés à repérer ces indices. Un médecin généraliste ou un pédiatre peut observer une marche sur la pointe des pieds sans faire le lien avec un possible TSA. Enfin, certains parents pensent que l’enfant « grandira » et que ça passera tout seul.

Or, les chercheuses rappellent que ces différences motrices ne disparaissent pas forcément. Elles peuvent même s’aggraver avec le temps, surtout si aucun travail de rééducation ou de soutien n’est engagé. Pour les adultes aussi, une démarche atypique persistante peut être un indice rétrospectif d’un autisme non diagnostiqué.
Un lien avec d’autres troubles neurologiques
Il faut noter que ces particularités de marche ne sont pas exclusives à l’autisme. On les retrouve aussi dans d’autres troubles neurodéveloppementaux, comme le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou certains troubles de la coordination. Mais dans le cadre d’un TSA, elles s’inscrivent dans un tableau plus large. Les chercheuses soulignent que la démarche doit être interprétée avec d’autres signes, et non isolément.
Pour les parents ou les proches qui observent une marche inhabituelle chez un enfant, l’étape suivante est de consulter un spécialiste du développement, comme un pédopsychiatre ou un neuropédiatre. Un bilan moteur peut être réalisé par un kinésithérapeute ou un ergothérapeute formé aux TSA. Plus tôt le diagnostic est posé, plus les interventions peuvent être efficaces.
Un signe parmi d’autres, mais pas à négliger
La démarche n’est qu’un indice, mais il a le mérite d’être observable tôt, parfois dès que l’enfant commence à marcher. Contrairement aux difficultés sociales qui deviennent évidentes à l’école maternelle, les particularités motrices peuvent alerter les parents avant 18 mois. C’est un point d’entrée concret pour ouvrir une discussion avec un professionnel, sans attendre que d’autres signes plus visibles apparaissent.
Les chercheuses insistent sur un point : ces différences ne sont pas une fatalité. Une prise en charge précoce, incluant de la kinésithérapie ou de l’ergothérapie, peut améliorer la motricité et l’autonomie. Mais pour cela, il faut que le signe soit reconnu. Si vous remarquez chez un enfant une marche sur la pointe des pieds qui persiste après 3 ans, ou une lenteur anormale dans ses déplacements, notez-le et parlez-en à un médecin. Mieux vaut un bilan sans suite qu’un diagnostic tardif qui complique l’accès aux aides.
Cette vigilance motrice s’inscrit dans une approche plus large du dépistage. Comme le rappellent les travaux sur d’autres troubles neurodéveloppementaux, certains signes physiques passent inaperçus alors qu’ils pourraient changer la trajectoire d’un enfant. Par exemple, neuf signes souvent négligés du trouble borderline montrent aussi que l’observation fine du comportement peut révéler des enjeux plus profonds. De la même manière, une démarche atypique n’est pas un diagnostic en soi, mais elle peut ouvrir la voie à une évaluation plus complète.
